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27.06.2008

Le journal Le Monde est devenu islamophobe

Lettre ouverte (23 juin 2008) au
Président du directoire,
directeur de la publication,
du journal quotidien Le Monde,
Monsieur Eric Fottorino

Bonjour,
Je suis abonné à lemonde.fr depuis longtemps.
Je suis âgé de 62 ans.
Auteur d’un essai sur l’URSS,
Réalisateur homologué et producteur de la télévision française (plus de 500 heures d’antenne), notamment dans le service information de France 2 : je suis un professionnel qualifié… si vous me permettez de le dire.

Je suis agnostique ; marxiste.
Et pourtant, j’ai souvent attiré l’attention de votre rédaction sur le caractère islamophobe de sa ligne éditoriale.
Il m’est arrivé d’exprimer un avis dans vos forums. Ils n’ont jamais été publiés parce qu’ils exprimaient un avis qui n’est pas dans votre dessein.

Deux exemples récent :

1)
L’affaire du fantasme sexuel d’un homme qui voulait une épouse vierge et qui s’est fait promettre cela par celle-ci qui lui a menti.
L’affaire n’a rien à voir avec l’Islam, puis que la première épouse de Mohammed, le prophète des Musulmans, ne l’était pas : elle était veuve et plus âgée que lui.
Mais cela a été vendu par votre rédaction d’abord comme une spécificité islamique, puis comme un cas d’« inintégrabilité » de l’Islam dans la société française.

J’ai voulu mettre les choses au point dans votre forum. Pas possible : ma réaction qu’on ne pouvait soupçonner d’islamiste ou d’intégriste a été « trappée ».

2)
Aujourd’hui, dans le mail quotidien du check-list je lis :
Gilles Bernheim élu grand rabbin de France => titre en gras.
Tandis que le Conseil français du culte musulman a élu Mohammed Moussaoui à sa tête.=> corps du texte en caractères normaux (maigres)

Or sociologiquement parlant, les Musulmans et leurs familles de différentes générations représentent près de dix millions de personnes tandis que les Israélites et leurs familles de différentes générations ne représentent pas six cent mille personnes.

Où est le respect rédactionnel de l’importance sociologique et économique des uns et des autres ?
Pourtant, les Musulmans, que l’on soit croyant ou non, que l’on soit Chrétien, Israélite ou bouddhiste, sont bien nos concitoyens au même titre que tous les autres Français, non ?

Je pourrais vous fournir des dizaines de tels exemples. Faut-il parler du jeune Juif bastonné alors qu’il portait une kippa ? ON n’a pas laissé la police q’exprimer, mais le fait qu’il portait kippa empêche visiblement toute enquête sereine. Et même si cela était malheureusement arrivé ainsi.
Quelles furent les réactions privées, médiatiques et officielles lorsque des Musulmans portant sur leur visage leur teint basané et leurs cheveux frisés ont été assassinés ?.. ou sont morts d’« une crise cardiaque » sans avoir été secouru à temps ?

Votre rédaction a vraiment besoin de revoir ses positions racistes qui s’inscrivent dans un glissement général de la France vers ses souvenirs nostalgiques, coloniaux et impériaux… reproduits cette fois-ci en politique intérieure (comme l’écrivait Monsieur Boutros Boutros Ghali, ancien secrétaire Général de l’ONU et Chrétien quand il résidait à paris comme Président de la Francophonie). Je vous rappelle que déjà lors de la colonisation de l’Algérie, l’accès des Algériens à la nationalité française était conditionné par la République française laïque, pratiquant la séparation de l’Église et de l’État, à l’abjuration de l’Islam. Mais elle n’était pas gênée par ses fonctionnaires chrétiens ou israélites. De même, elle n’était pas gênée par le port du voile à l’école ou par les autres signes religieux.

Vos principes élastiques à la sauce ségrégationniste ne convainquent plus personne. Pensez-vous encore faire illusion devant des gens instruits et donner des leçons de respect des droits de l’homme tels qu’ils sont pratiqués EN France ?

J’ai donc décidé de ne pas me réabonner pour une durée au mois égale à trois mois… je verrai d’ici là si j’ai vraiment besoin d’une source d’information raciste ou si vous aurez évolué un peu.

Je vais communiquer ce texte à d’autres sites Internet et à d’autres journaux en Afrique du Nord.

À bon entendeur, salut.

Monsieur Abdellah Ouahhabi

25.06.2008

Côte d'Ivoire : Opération mains propres

par Fulgence Zamblé
 
Le président du conseil de gestion du Fonds de développement des producteurs de café-cacao, Henri Amouzou et deux de ses collaborateurs ont passé leur deuxième nuit jeudi en prison à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Le même jour, Lucien Tapé, responsable du conseil de gestion de la Bourse de café-cacao y passait sa première nuit.

Selon le procureur de la République, Raymond Tchimou, ces personnes ont été arrêtées pour "détournement de fonds, abus de confiance, abus de biens sociaux, escroquerie, faux et usage de faux en écriture privée de banque ou de commerce" dans la filière café-cacao. Une vingtaine d'autres personnes ont été inculpées et pourraient connaître le même sort, a-t-il ajouté devant des journalistes.

Les poursuites judiciaires contre les principaux acteurs de la filière café-cacao interviennent quelques jours après la décision du chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo de mener une vase croisade contre la corruption, les détournements de fonds et le racket dans ce pays d'Afrique de l'ouest.

"Les faits reprochés aux mis en cause sont d'une extrême gravité", indique à IPS, François Amon, avocat à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. "Dans cette affaire, l'on ne retrouve pas de traces d'importantes sommes d'argent sorties des structures de gestion. Si les faits reprochés aux inculpés sont avérés, la condamnation ne tardera pas lors du procès", affirme-t-il.

Interdits de plaidoyer au moment de l'arrestation de leurs clients, les avocats des mis en cause n'ont fait, pour l'instant, aucune déclaration publique.

Honorant une promesse de campagne alors qu'il était dans l'opposition, le président Gbagbo avait décidé de libéraliser la filière café-cacao, au lendemain de son élection en octobre 2000. Il avait accordé aux producteurs le droit de gestion afin que ceux-ci jouissent directement du "fruit de leurs efforts".

Mais, une pléthore de structures de gestion a été mise sur pied par les producteurs, notamment le Fonds de développement café-cacao (FDPCC), le Fonds de régulation café-cacao (FRC), la Bourse café-cacao (BCC)... en majorité dirigée par des personnes proches du pouvoir en place.

Six ans après, les producteurs commençaient à contester la "mauvaise" gestion de leurs structures. En 2006, 100 milliards de francs CFA (environ 238 millions de dollars) avaient été détournés, alors que cet argent devait servir à l'achat d'une usine de chocolat à Fulton, aux Etats-Unis, selon un audit réalisé en octobre 2007 dans la filière, à la demande du chef de l'Etat et dont les conclusions ont été déposées récemment.

Alors, plusieurs manifestations avaient eu lieu dans les zones productrices de café et de cacao, marquées par la mise à feu de plusieurs tonnes de cacao et de café par certains producteurs pour exprimer leur mécontentement. Pendant ce temps, d'autres producteurs écoulaient leurs récoltes vers des pays voisins comme le Ghana et le Mali, à cause de la mauvaise gestion des structures qui ne leur assurait pas un bon revenu, et de la chute du prix d'achat.

"La Côte d'Ivoire était menacée de perdre sa place de premier producteur mondial de cacao", explique Marc Saumon, expert européen en négoce, en poste à Abidjan depuis trois ans. "Il était de plus en constaté une forte production des pays voisins, dont certains n'étaient pas producteurs de ce cacao", ajoute-t-il à IPS. "L'assainissement dans le milieu est nécessaire pour permettre aux populations de bénéficier des revenus de cette filière".

Selon les statistiques disponibles à la BCC, la Côte d'Ivoire a produit 1,1 million de tonnes de cacao en 2006, contre 1,4 million de tonnes en 2002, soit une baisse de 300.000 tonnes. En 2007, le pays a produit 950.000 tonnes.

Mais pour Afissa Bamba, avocate à la retraire, "l'Etat pourrait se retrouver dans un dilemme dans cette affaire. Au plus fort de la crise, l'argent de cette filière a servi à l'achat d'armes pour l'armée régulière. Ce sont des faits qui ont été clamés haut et fort dans les médias. Si cet élément est ajouté au dossier, nous aurons un cocktail explosif", soutient-elle devant IPS.

"Je dirais même que le président Gbagbo joue quelque peu sa crédibilité et son avenir politique", affirme à IPS, Hervé N'Kamé, un analyste politique. "Depuis son avènement (au pouvoir), la société (ivoirienne) a connu un développement de magouilles et de malversations par des personnes très proches de lui. S'il (Gbagbo) décide de les combattre, cela peut l'impliquer et l'emporter aussi, en dépit de sa bonne volonté", souligne N'Kamé à IPS.

"En quelques années", explique N'Kamé, "l'on a découvert de nouveaux-riches qui se construisaient des châteaux ou s'offraient des voitures de luxe. C'était devenu frustrant pour le peuple".

Michel Yobouët, coordonnateur national de l'organisation non gouvernementale de lutte contre la corruption 'Publiez ce que vous payez', salue l'opération "mains propres" dans la filière café-cacao. "Alors que ces revenus doivent servir à réduire la paupérisation de la population, ce sont des individus qui en profitaient seuls", déplore-t-il à IPS. Selon lui, la population a le droit de "savoir à quelles fins a servi l'argent du café et du cacao détourné, et que justice soit faite pour punir les coupables".

Première productrice mondiale de cacao, la Côte d'Ivoire dispose d'une filière café-cacao qui représente, à elle seule, près de 10 pour cent de son produit intérieur brut (PIB) et 40 pour cent de ses exportations.

La Côte d'Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis le 19 septembre 2002, des ex-soldats de l'armée régulière estiment avoir pris les armes pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie du pays. Après plus de cinq ans de conflit, le pays semble amorcer une marche vers la tenue d'une élection présidentielle fixée au 30 novembre de cette année. (FIN/2008)
 

Gbagbo gagnant face à la France

Après la visite de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères à Abidjan, un journal burkinabé estime que c’est une victoire pour le Président Gbagbo. “Une page est tournée dans les relations entre la Côte d`Ivoire et la France". Foi du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Koutchner, qui vient d`achever une visite de deux jours sur les bords de la lagune Ebrié.

L`heure est à présent au réchauffement des relations entre les deux pays, qui s`étaient littéralement dégradées avec la crise ivoirienne. A ce propos d`ailleurs, le président ivoirien ne s`était pas embarrassé de langage diplomatique pour dire qu`il dort mieux depuis que Chirac n`est plus à l`Elysée. Si, entre Paris et Abidjan, on se remet à se faire les mamours, c`est qu`il y a bien une leçon à tirer de cette nouvelle phase : il faut se garder d`intervenir entre les deux conjoints français et ivoirien. Malgré des scènes de ménage occasionnelles sur fond d`invectives, de douleurs, d`humiliations et de ressentiments de part et d`autre, ils sont si liés par le mariage d`intérêt que les projets de divorce ne vont jamais bien loin. Même s`il est vrai que la réconciliation entre les deux époux a été favorisée par l`arrivée d`une nouvelle équipe à l`Elysée qui s`emploie à réparer les "torts" causés par l`ancien locataire de l`Elysée. Reste à savoir qui a fait le premier pas pour négocier la réconciliation. "Une fois la date de l’élection [présidentielle] fixée et donc connue de tous", il était de bon ton que Bernard Koutchner allât à Abidjan pour un réchauffement effectif des relations. Un bel argument s`il en est, pour aller vers la Côte d`Ivoire, et espérer, dans le même temps, son pardon. Et pour en rajouter à l`argument, Paris affirme que Laurent Gbagbo a promis de "faire tout ce qui lui est humainement possible pour que la date du 30 novembre soit tenue". La France, pour sa part, a été tellement frappée par le cours heureux des événements qu`elle est disposée à accompagner la Côte d`Ivoire dans la préparation du scrutin de novembre prochain. Elle devrait apporter sa contribution à hauteur de 2 millions d`euros.

Reste que si la bonne "atmosphère politique" qui prévaut actuellement à Abidjan, pour reprendre les termes du french doctor, se raffermissait, la Côte d`Ivoire n`en serait pas la seule bénéficiaire. On sait combien la France et ses citoyens comptent d`intérêts multiformes dans ce pays qui demeure dans la sous-région ouest-africaine, l`Eldorado des milieux d`affaires français. A la faveur des tristes événements de novembre 2004, les opérateurs économiques français avaient dû regagner, la mort dans l`âme, leur pays d`origine. Puis, une fois que les choses semblaient revenues à la normale, ils se sont empressés de retourner dans leur "seconde patrie", toute chose qui n`est pas sans renseigner sur les nombreux intérêts qu`ils tenaient à sauvegarder en Côte d`Ivoire. Et que dire de ces Français qui, malgré tous les risques, avaient tenu à ne pas rentrer pour des raisons autres que celles affectives qu`ils nourrissaient à l`égard de ce pays ? Après donc les opérateurs économiques français, c`est au tour des politiques de l`Hexagone de montrer combien la branche des relations entre la Côte d`Ivoire et la France peut se tordre sans jamais se casser.

Quoi de plus normal en cela quand la France tient à marquer son territoire suite à l`intrusion de concurrents sérieux dans son pré carré. Si la Côte d`Ivoire demeure, comme le remarque Bernard Kouchner, un pays potentiellement riche de ses "énergies et de ses citoyens", la France peut-elle longtemps laisser s`échapper sa "poule aux oeufs d`or"? Dans le bras de fer qui l`a opposé à la France, Laurent Gbagbo en sort finalement gagnant. Non seulement la France marque son retour en Côte d`Ivoire, mais aussi Gbagbo est toujours au pouvoir et les élections se présentent pour lui, sous de bons auspices avec la quasi-assurance que les Forces impartiales (ONUCI et Forces Licorne) seront là pour sécuriser le scrutin présidentiel. Bien plus, Gbagbo se sera présenté aux yeux de son peuple en héros national, en montrant à la face de la France une intransigeance politique lucide, en se présentant sous les traits d`un président qui ne se laisse pas conter. Au total, Laurent Gbagbo peut savourer sa victoire, tout en se réjouissant du retour de l`Hexagone dans son pays, sur fond de changement de ton favorable à la préservation des intérêts mutuellement avantageux entre Paris et Abidjan…

source : lepays.bf

21.06.2008

Maghreb : Le mal-être des jeunes

Chômage, vie chère, inégalités, clientélisme... Les nouvelles générations expriment leur ras-le-bol face à l'absence d'avenir. Des émeutes - partout réprimées - secouent le Maroc, l'Algérie et la Tunisie.
Mêmes causes, mêmes effets. A Sidi Ifni, un petit port du Sud marocain, les forces de l'ordre sont intervenues, le 6 juin, pour disperser sans ménagement de jeunes manifestants qui bloquaient depuis une semaine l'accès aux quais à la suite d'un tirage au sort organisé par la municipalité pour l'embauche de trois personnes. Bilan : 44 blessés, selon les autorités.

La veille, à Redeyef, une ville minière proche de Gafsa, dans le centre de la Tunisie, un chômeur de 25 ans a été tué lors de très violents accrochages opposant la police à de jeunes protestataires. Traditionnellement frondeuse, cette région est en ébullition depuis la publication, au début de l'année, des résultats d'un concours d'entrée à la Compagnie des phosphates de Gafsa, le seul employeur (public) du bassin (voir L'Express du 15 mai).

L'Algérie n'est pas en reste. Régulièrement, des jeunes y brûlent des pneus, barrent des routes et s'en prennent aux bâtiments publics pour protester contre la "malvie". Le détonateur est souvent anodin : la défaite d'une équipe de foot, une rixe avec des policiers, la distribution, au compte-gouttes, de logements sociaux... Les émeutes durent quelques heures, ou quelques jours. Ces coups de colère accompagnés d'actes de vandalisme sont, depuis le début du printemps, de plus en plus fréquents. Au point d'être devenus l'unique forme de contestation sociale.

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Côte d'Ivoire : novembre 2004, les révélations du général Poncet

 par Hervé Gattegno

Officiellement, la réconciliation franco-ivoirienne est en marche. « Le plus dur de la crise est derrière nous », a lancé Bernard Kouchner au terme de sa visite à Abidjan les 14 et 15 juin-la première d'un dignitaire français auprès du président Gbagbo depuis quatre ans. Officieusement, bien des incertitudes entourent toujours le déclenchement des troubles de novembre 2004, quand le bombardement d'un camp militaire français à Bouaké par l'aviation ivoirienne tua 9 soldats et provoqua une escalade de violence.

Dans le secret de son enquête, la juge du tribunal aux armées Florence Michon a recueilli, le 20 février, une déposition édifiante : l'audition du général Henri Poncet, dont la teneur-jusqu'ici inédite-corrige les premières impressions sur les responsabilités du raid de 2004. Ancien commandant du détachement français de l'opération Licorne (10 000 soldats sous mandat de l'Onu), le général a relativisé l'implication du président ivoirien et de son entourage : « J'ai le sentiment qu'il y a eu une désorganisation totale de l'état-major à Yamoussoukro, a-t-il dit. Je pense que Laurent Gbagbo n'était pas au courant non plus. Je pense qu'il a pris le train en route et qu'il l'a fait parce qu'il est un chef bété et que, dans la culture bété, le chef assume ce que fait son clan. »

Depuis son ouverture, l'enquête judiciaire avait nettement privilégié la thèse d'un coup monté au plus haut niveau du régime pour chasser les Français hors du pays. Le 6 novembre 2004, deux avions Sukhoi de l'armée ivoirienne avaient effectué un raid meurtrier sur une position française, dans des circonstances qu'un rapport du commissaire-commandant de l'opération Licorne avait estimées « imputables à l'Etat ivoirien ». Or, devant la juge, le général Poncet a mis en cause, lui, une « chaîne parallèle » de commandement qui aurait débordé le président ivoirien.

« Le président Gbagbo, raconte-t-il, ne nous avait pas caché, à l'ambassadeur et à moi-même, qu'il allait y avoir une offensive. Compte tenu de tous les signes annonciateurs d'une reprise de la guerre, nous sommes allés en effet tous les deux voir le président Gbagbo pour essayer de l'en dissuader, en lui faisant valoir les risques qu'il prenait vis-à-vis de la communauté internationale en agissant de la sorte. Le président Gbagbo nous avait répondu en substance : "Je ne peux plus les tenir." Le "les" visait ses militaires. » L'officier supérieur a même relaté à la juge que « deux ou trois jours » avant l'attaque un haut responsable de l'armée ivoirienne « avait fait passer le message qu'il fallait que nous nous tenions à l'écart si nous voulions qu'il n'arrive rien à nos ressortissants à Abidjan ». Un autre soldat ivoirien de haut rang, dit-il, lui avait aussi « lâché le morceau en [lui] disant qu'il n'avait aucune autorité sur la force aérienne ».

Une opération séditieuse

Ces nouvelles déclarations du général Poncet (deux ans et demi après sa première audition) accréditent donc l'hypothèse d'une opération séditieuse destinée à enflammer la situation du pays-et qui aurait visé au renversement de Gbagbo. Elles laissent dans l'ombre un autre point crucial de l'enquête : les arrestations de mercenaires ukrainiens, russes et biélorusses, le 7 novembre (lendemain du raid) à l'aéroport d'Abidjan, puis le 9 novembre à la frontière du Togo. La juge a établi que les pilotes du raid comptaient parmi ces supects, mais qu'ils furent vite relâchés.

« Je n'avais pas du tout envie de lâcher ces personnes », a assuré le général, précisant avoir « reçu très vite l'ordre de les libérer » -sans dire précisément de qui. « J'ai dit que je ne comprenais pas cette décision et on m'a répondu : tu exécutes », a-t-il simplement ajouté. L'enquête montre que l'interpellation à la frontière togolaise fut signalée aux services secrets français et au ministère de l'intérieur, mais là aussi en vain. Convoqué comme témoin le 7 février dans la plus grande discrétion, Dominique de Villepin, ministre de l'Intérieur au moment des faits, a certifié qu' « à aucun moment [son] cabinet n'avait été saisi de ce dossier ». Et le rapport de synthèse de l'ambassadeur que réclame la juge reste inaccessible : suivant l'avis négatif de la commission compétente, Bernard Kouchner a refusé de lever le secret-défense. Même pour la réconciliation franco-ivoirienne, toutes les vérités ne sont peut-être pas bonnes à dire...

source : lepoint.fr
enquête vidéo sur les évènements de Bouaké de novembre 2004