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« Après la Chine & l'inde, la Turquie veut aussi sa part du gâteau africain | Page d'accueil | Mamadou Koulibaly à Tiassalé »

19.05.2008

Les vérités de Alpha Omar Konaré

A l'issue du récent Sommet Inde-Afrique, le président de la Commission de l'Union africaine, Alpha Omar Konaré, parle du développement des pays africains. Avec beaucoup de franchise, le Malien demande aux anciens partenaires du continent noir de remettre les pendules à l'heure sur beaucoup de plans pour permettre à l'Afrique de décoller.
Car, selon lui, le système de coopération actuel est l' une des causes de la pauvreté des pays africains.

Pensez-vous que ce genre de Sommet est le lieu indiqué pour lancer le débat sur la nature des aides qu'on octroie en Afrique ?

Je suis heureux que ce forum Inde-Afrique se tienne. C'est certainement un forum de plus, mais comme je l'ai dit, ça devrait être aussi un autre forum. Parce que nous ne souhaitons pas que les divers partenariats que nous sommes en train de mettre en place s'inspirent des relations anciennes. Nous avons d'ailleurs demandé à nos anciens partenaires de remettre les pendules à l'heure sur beaucoup de plans parce que le système colonial qui régit nos pays avec cette économie de traite ne peut pas continuer. C'est une des causes de la pauvreté de nos pays. C'est une des raisons pour lesquelles aussi nous n'arrivons pas à créer de l'emploi parce que les matières premières vont à l'extérieur et il n'y a pas de transformation et c'est un grand risque pour nos pays. J'ai souhaité au cours de ce Sommet qu'on en arrête avec les saupoudrages.

Bien sûr, on a besoin de petits projets, mais pas seulement le continent aujourd'hui a besoin des chemins de fer, des ponts, de grandes sources d'énergie au moment où il y a une crise. Pour moi, ce n'est pas un rêve qu'un chemin de fer aille du Cap à Caire, ce n'est pas un rêve de penser à une route qui va de Dakar à Djibouti. Ce n'est pas un rêve de jeter un pont et construire un chemin de Kinshasa à Brazzaville. Ce n'est pas un rêve, c'est une exigence aujourd'hui que de s'engager à mettre en valeur le barrage d'Inga. C'est à ce seul prix, je dis bien à ce seul prix que de grands que nos pays peuvent reprendre l'initiative et qu'on peut développer de véritables politiques de création de richesses et pas simplement une logique de lutte contre la pauvreté. Encore une fois, je dis que je n'ai aucun mépris pour les petits travaux. Non il faut les faire. Les routes dans nos villes, les micro-crédits, tout cela participe à aider les gens qui n'ont pas de moyens à avoir l'initiative. Mais, ce que nous avons souvent constaté, c'est que dès qu'on parle de grands travaux, de gros financements, nous ne voyons plus personne. Mais nous ne nous tendons pas la main, ce n'est pas de la mendicité.


Peut-être parce que très souvent ces grands travaux sur le continent ont souvent été de grands éléphants blancs ?


Oui, mais on ne peut pas toujours rester à ce niveau-là, et même dans ce cas, faisons notre auto-critique : qui a obligé ? qui finance? qui de financer les éléphants blancs ?

Quand nous parlons de nos grands travaux, jouons la carte de la transparence, dressons la liste de ces grands travaux, informons nos populations, donnons le coût réel, mettons sur le net et partout le système de financement et le système de remboursement, jouons la transparence à fond.

On ne peut pas prendre prétexte de cela pour dire non. Il y a des leçons à tirer dans la façon de faire, mais je le dis, aujourd'hui nous ne voulons pas de saupoudrage, de faire semblant.

Et nous ne voulons pas non plus, parce qu'on a fait le constat que l'essentiel de l'aide qui est mise à notre disposition, en réalité retourne dans les pays qui la donnent. Et une bonne partie c'est des frais d'études, des frais de consultation. Et quelques fois même, quand nous avons la possibilité d'acheter du matériel de qualité ou à bon prix ailleurs, il y a des conditionnalités qui nous obligent à les prendre dans les pays qui mettent à notre disposition ces crédits-là.

On parle beaucoup de nombreux crédits chinois en Angola, au Congo-Brazzaville, au Sénégal et en RDC. Dans le cadre de la coopération Sud-Sud, la Chine, tout comme l'Inde, est un pays émergent.

Votre prise de position n'est-elle pas une critique à l'égard de l'Occident qui veut, tout en disant le contraire, maintenir l'Afrique dans le sous-développement ?

Mais, c'est une critique et je l'assume. Que la Chine vienne investir un milliard ou que l'Inde vienne investir un milliard et qu'on trouve que cela est trop, à la limite on ne le mérite pas. Je dis quand même que l'on n'exagère pas. A quoi serviront ces sous ? Je suis d'accord qu'on parle de transparence, de rigueur, mais qu'on voit à quoi cela va servir. Mais qu'on ne dise pas qu'un milliard, c'est trop quand, pour avoir 50 millions de dollars, 100 millions de dollars, on met 3 à 4 ans sans être sûr de l'avoir. Si vous avez les 100 millions de dollars aujourd'hui, cela ne suffira même pas à faire les routes de Kinshasa.


Alors que tout le pays a besoin d'être construit aujourd'hui, à besoin d'infrastructure de toute nature. Donc, nous disons à nos partenaires que l'Afrique a besoin de gros investissements aujourd'hui. C'est pourquoi nous voyons les Sud-Américains venir, nous voyons l'Inde, la Chine ou le Japon venir. D'ailleurs, j'ai également appelé les Australiens à venir. J'étais la semaine dernière à une réunion de la ligue arabe, et là j'ai souhaité qu'il ait un sommet avec les pays arabes. Il faut qu'ils viennent eux aussi.

Nous avons tellement besoin d'investissement en Afrique et nous sommes conscients qu'un seul pays ne peut pas réaliser tout cela. Donc, plus ils seront là, plus nous sommes assurés d'avoir plus d'investissements et plus nous sommes aussi assurés de pouvoir choisir et donc de garder notre initiative.

Le président congolais, Joseph Kabila, parle de ses cinq chantiers. Et pour pouvoir les appliquer il a besoin des fonds. Le principal bailleur de fonds pour l'application de ses chantiers, c'est la Chine. Tout est dit et on parle même des menaces sur sa personne. Que doit-il faire et que doit faire sa population face aux agitations occidentales ?

Je pense que c'est légitime que ce pays qui est grand et qui a toutes les ressources non encore pises en valeur, que les dirigeants de ce pays veuillent à ne pas perdre du temps. Il leur faut accélérer même pour que les conditions de vie des populations de ce pays changent. Et croyez-moi, j'ai toujours pensé que le jour où la RDC se mettra debout, l'Afrique marchera. C'est ma conviction la plus profonde.

Parce que, voyez-vous, je ne regarde pas simplement le pays dans son état actuel, qui a encore beaucoup de ressources. Mais dans 30 à 40 ans, ce pays aura plus de 150 millions d'habitants. Quel marché ! Quel chantier ! Quels moyens énormes ! Donc, je pense que c'est légitime. Bien sûr, je ne dis pas que les problèmes de gouvernance sont secondaires.

Je ne dis pas du tout qu'il ne faut pas lutter contre la corruption, je ne dis pas qu'il ne faut pas veiller sur la bonne gestion parce que tous ces crédits-là doivent être censurés, qu'on va les utiliser effectivement pour la bonne destination et qu'on va s'assurer que ces conditions de remboursement seront là pour ne pas pénaliser les générations futures.

Il faut bien s'assurer de tout cela. Et ç aussi, jouons carte sur table. Moi, je dis, informons les populations, donnons tous les détails aux populations : voilà tels travaux, ce que ça coûte. Voilà comment on va rembourser.

Aujourd'hui la RDC se trouve dans une situation où elle cherche son développement. On parle de la RDC qui ne peut pas générer une somme aussi importante.

C'est vrai qu'il y a des problèmes qu'il faut intégrer dans notre développement. Un développement conçu de plus en plus comme durable aujourd'hui. Il y a des problèmes de protection de l'environnement. Il faut qu'on veille aux conséquences de changement climatique.

Ceci est vrai, c'est notre responsabilité. Mais tout cela ne peut pas signifier que l'on maintienne nos pays dans un état de pauvreté. Là aussi, c'est un débat ouvert en termes de solidarité. Il faut qu'on s'asseye. Si telle ou telle chose doit être protégée, est-ce qu'il y a des moyens techniques qui peuvent permettre une exploitation sans mettre en cause l'écosystème ?
Le débat est encore largement ouvert parce qu'il y a quand même plusieurs systèmes. Mais on ne peut pas dire à des pays aujourd'hui : on vous maintient à tel niveau parce que ça nous gène alors que pendant des siècles, ce sont les autres qui ont tout détruit.

Evidemment, cela nous interpelle nous-mêmes sur un autre plan : est-ce que c'est le même type de développement que l'on va adopter que les Occidentaux ? Est-ce qu'il n'y a pas un autre type de développement ?

Mieux par nous à tous égards, qui nous sortira de la pauvreté, qui nous sortira de la logique de la domination. Moi, je crois que ce n'est pas du tout impossible.

Le temps qu'on trouve ce style de développement, on fait quoi ?

Vous savez, ce style de développement, c'est quoi ?


C'est que nous avons renoncé à penser, nous avons renoncé à regarder notre propre héritage, nous avons renoncé à voir nous-mêmes pendant des décennies comment nos avons vécu. Je ne dis pas de retourner à des méthodes surannées.

Mais, je suis persuadé aujourd'hui, qu'en regardant notre propre cheminement, nos cultures, certaines de nos bonnes traditions, en regardant les progrès scientifiques, on évitera d'imiter ce que l'Occident a fait qui est dans une logique qui nous amène à une catastrophe.

Il faut se développer, cela veut dire qu'il faut faire en sorte que les gens puissent avoir à manger, que les gens puissent être soigné, entretenir les meilleures relations entre eux, que les gens puissent s'instruire, que les gens puissent avoir de nouvelles ambitions, chaque jour et se donnent les moyens d'assouvir ses ambitions là.

Par la coopération Sud-Sud ?

Moi, je pense que le meilleur moyen, c'est d'abord de réfléchir en termes de développement endogène. Croyez-moi, il y a beaucoup de choses que nous avons nous-même et que nous ne mettons pas du tout en valeur. Donc, je dis, réfléchissons d'abord en termes de développement endogène. Si nous le faisons, vous verrez que, par exemple. Aujourd'hui beaucoup de nos pays, même sur le plan alimentaire, nous sommes dépendants parce que tout ce qu'on mange aujourd'hui, on l'importe et vous voyez qu'à la moindre crise, on nous ferme le robinet. Voyez-vous !

Donc consommer ce que l'on a produit et produire ce qui est nécessaire à notre consommation. Moi, je dis d'abord, allons sur une base de développement endogène et privilégions les relations Sud-Sud, sans nous fermer bien sûr au Nord.


Il y a quand même de grands progrès scientifiques qui ont été réalisés où il y a de grands acquis qui peuvent nous permettre de gagner du temps, sur tous les plans. Mais, c'est une réflexion que nous devons avoir de façon autonome nous mêmes et en partager entre nous en solidarité entre nous. C'est-à-dire, réfléchir à partir de nous mêmes, regarder autour de nous et prendre ce qu'il y a de bien et ne pas avaler tout ce que l'on nous amène de l'Occident.

 

source : congoforum.be

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