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22.08.2008

Les conditions de la révolution agricole en Afrique

La révolution verte en Afrique est une nécessité, mais elle ne peut pas être la même que celle que l’on a connue en Asie dans les années70. Les conditions de sa mise en œuvre sur le continent africain doivent être précisées. Plus fondamentalement, une nouvelle vision du développement rural et agricole doit être forgée. Si le continent fait apparaître des situations très diverses, le cas du Sénégal et les travaux qui y ont été mené sont néanmoins représentatif des conditions de vie de la majorité des pays africains.

Trois éléments caractérisent la révolution verte en Afrique :
Il faut une augmentation rapide et continue de la productivité agricole. Dans le bassin arachidier au Sénégal, un actif agricole cultivait, dans les années60, 1 hectare avec un rendement d’une tonne/hectare. Aujourd’hui, il cultive un demi-hectare pour un rendement de l’ordre de 300, 400 kg/hectare. Cela montre donc une forte régression de la productivité ces 40 dernières années, alors que le potentiel est beaucoup plus élevé. Au contraire, la productivité agricole doit augmenter de façon soutenue et continue.
Contrairement à l’Europe et à l’Occident, il nous faut faire cette révolution verte en préservant les ressources naturelles, et même, dans certains endroits, en restaurant ces ressources. Il est indispensable de s’adapter aux nouvelles situations issues du changement climatique.
Elle nécessite une révolution énergétique. On ne pourra pas, s’appuyer comme certains pays émergents l’ont fait, sur les énergies fossiles pour faire face aux besoins énergétiques de plus en plus importants d’une agriculture qui se modernise. Il nous faudra inventer d’autres formes d’énergies alternatives et de fertilisation des sols, notamment.

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21.08.2008

Autopsie du RHDP

Rhdp : la déchirure
 
Le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) coalition des partis significatifs de l’opposition Ivoirienne pour la conquête du pouvoir d’Etat est en train de se disloquer. Les mauvais rapports entre le PDCI et le RDR qui apparaissent au grand jour et la rivalité Blon Blaise- Mabri Toikeuse au sein de l’UDPCI sont des signaux qui annoncent indubitablement l’incendie en la demeure.
La coalition des Houphouëtistes dont le pilier est la Troïka PDCI, RDR, UDPCI est en train de mourir de sa belle mort. Cette alliance était d’ailleurs apparue comme un mariage contre nature devant les observateurs les plus avertis de la politique Ivoirienne. Et ils n’ont pas eu tort. Il a suffit d’user d’un peu de patience pour que le temps leur donne raison. En effet, après avoir ébloui les militants des partis qui la composent par une flamme illusoire, elle a aussitôt amorcé une extinction causée par des actes de méfiance et propos discourtois émanant de leurs leaders. Désormais au RHDP les mots les plus usités sont : trahison, méfiance, machination. C’est que, comme dans un couple de lépreux où les conjoints éprouvent toujours du mal à s’embrasser, les personnalités qui composent la haute direction du RHDP sont faites de pièces qui ne peuvent s’assembler. Le moindre geste maladroit ou propos nuancé est vite examiné au microscope pour y décoder le message caché. Le mariage n’a donc duré que le temps de la lune de miel. Mais pouvait-on honnêtement en espérer une issue autre que celle qui se présente aujourd’hui ? Pour qui connaît la politique en Eburnie, il est aisé de parier qu’une alliance entre Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara ne tient que sur du papier. Son application honnête et sincère serait synonyme de la reconstitution d’un puzzle dont les pièces présentées n’ont rien à voir avec le croquis. Nzuéba et Ado sont deux personnalités que le destin a toujours opposées.

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21.06.2008

Maghreb : Le mal-être des jeunes

Chômage, vie chère, inégalités, clientélisme... Les nouvelles générations expriment leur ras-le-bol face à l'absence d'avenir. Des émeutes - partout réprimées - secouent le Maroc, l'Algérie et la Tunisie.
Mêmes causes, mêmes effets. A Sidi Ifni, un petit port du Sud marocain, les forces de l'ordre sont intervenues, le 6 juin, pour disperser sans ménagement de jeunes manifestants qui bloquaient depuis une semaine l'accès aux quais à la suite d'un tirage au sort organisé par la municipalité pour l'embauche de trois personnes. Bilan : 44 blessés, selon les autorités.

La veille, à Redeyef, une ville minière proche de Gafsa, dans le centre de la Tunisie, un chômeur de 25 ans a été tué lors de très violents accrochages opposant la police à de jeunes protestataires. Traditionnellement frondeuse, cette région est en ébullition depuis la publication, au début de l'année, des résultats d'un concours d'entrée à la Compagnie des phosphates de Gafsa, le seul employeur (public) du bassin (voir L'Express du 15 mai).

L'Algérie n'est pas en reste. Régulièrement, des jeunes y brûlent des pneus, barrent des routes et s'en prennent aux bâtiments publics pour protester contre la "malvie". Le détonateur est souvent anodin : la défaite d'une équipe de foot, une rixe avec des policiers, la distribution, au compte-gouttes, de logements sociaux... Les émeutes durent quelques heures, ou quelques jours. Ces coups de colère accompagnés d'actes de vandalisme sont, depuis le début du printemps, de plus en plus fréquents. Au point d'être devenus l'unique forme de contestation sociale.

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16.06.2008

L'Afrique, un continent plongé dans le noir

"L'Afrique noire"n'a jamais aussi portée son nom : les trois quarts de l'électricité du continent sont utilisés par l'Afrique du Sud, l'Égypte et les autres pays qui ceinturent le littoral méditerranéen de l'Afrique... pour le reste, c'est le noir total

Tout le monde reconnaît depuis longtemps qu'il faut construire de nouvelles centrales électriques en Afrique, mais la plupart des tentatives d'électrification sur le continent dans les années 70 et 80 ont échoué. Dans certains pays, les dictateurs ont tout simplement pillé les centrales électriques pour les pièces et le carburant. En d'autres mots, les centrales ont été construites, mais l'entretien n'a jamais été assuré. On a fait tourner les turbines au maximum de leur capacité jusqu'à ce qu'elles rendent l'âme, pour ensuite les abandonner. Selon certaines statistiques, seulement 17 des 79 centrales électriques du Nigeria, dont plusieurs datent de cette époque, fonctionnent toujours; la demande électrique du pays est estimée à 7,600 mégawatts, alors que la capacité existante n'est que de 3,500 MW. La Banque mondiale estime que 500 millions d'habitants en Afrique subsaharienne n'ont pas accès à ce qu'elle qualifie « d'énergie moderne ».

La situation ne peut qu'empirer parce que la demande augmente constamment. La croissance économique des dernières années avec son cortège de nouvelles usines et de centres commerciaux a entraîné une augmentation parallèle de coupures de courant à tout va. Partout où la demande a dépassé la capacité des réseaux électriques, les lumières s'éteignent régulièrement. L'exode des chaumières rurales vers les maisons et appartements urbains n'a fait qu'augmenter les contraintes. Même les plus pauvres des nouveaux arrivants ruraux veulent s'éclairer à l'électricité et s'acheter une télévision, sinon une radio et c'est par millions qu'ils quittent leurs villages. La compagnie d'électricité du Kenya estime qu'elle raccorde 12.000 nouveaux abonnés par mois au réseau national.

Pour le moment, le continent compte surtout sur l'hydroélectricité qui représente 60 % ou davantage de l'énergie utilisée dans 13 pays africains. Mais la pluviométrie africaine est plus incertaine que celle de la Norvège, par exemple, et les barrages africains fonctionnent souvent en deçà de leur capacité nominale.

Le fleuve Congo est le cours d'eau ayant le plus grand potentiel hydroélectrique. Mais la demande potentielle est également énorme. Seulement 6 % des Congolais ont accès à l'électricité et davantage de puissance sera nécessaire pour pleinement exploiter le potentiel minier du pays. Un vaste projet de construction d'une série de centrales sur le dernier tronçon du fleuve Congo, le projet Grand Inga, pourrait en théorie générer 39.000 MW, ce qui serait suffisant pour alimenter le tout le continent africain. Mais il est probable que ce projet ne sorte jamais des cartons, tant est terrible la réputation du Congo auprès des investisseurs et tant que la formidable ampleur des défis de la construction des lignes de transport et de distribution d'électricité sur des milliers de kilomètres de jungles n'aura pas été surmontée."

source : The Economist

05.06.2008

Le Niger n'utilise pas son soleil

Il est pauvre, sec, et il a du soleil à ne plus savoir qu'en faire. Pourtant, malgré 40 ans d'expérience en énergie solaire, le Niger continue à utiliser de la bouse de vache et du bois de coupe pour s'éclairer et faire la cuisine.
Gigantesque miroir solaire, le Niger n'utilise pas son soleil
En ces temps de pétrole inabordable, les énergies renouvelables ne couvrent que moins de 0,5% des besoins de ce gigantesque pays, véritable miroir solaire de 1,2 millions de km2: d'après des relevés effectués par la NASA américaine entre 1983 et 2005, le Niger est l'un de deux endroits les plus ensoleillés au monde avec en moyenne 6,78 kWh au mètre carré.

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03.06.2008

La « malédiction du pétrole » en Afrique

Une analyse de Hicham El Moussaoui, docteur-chercheur en économie

Deux nouveaux pays, le Ghana et le Mali, vont bientôt rejoindre le club des pays africains producteurs de pétrole. La manne financière attendue leur ouvre de nouveaux horizons pour transformer leurs économies et sortir leurs populations de la pauvreté. Toutefois, il convient d’être prudent à cet égard. En effet, si l’on en croit le rapport 2008 sur les performances des compagnies pétrolières et gazières, publié par Transparency International, 60% des personnes les plus pauvres vivent dans des pays riches en ressources, particulièrement ceux de l’Afrique. Ce paradoxe est qualifié de « malédiction pétrolière ». Comment l’expliquer ? Et comment y remédier ?

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28.05.2008

La présidence à vie est elle une fatalité arabe ?

 
L’année dernière, à cette même époque, les Mauritaniens ont organisé pour la première fois de leur histoire une élection présidentielle parfaitement libre et honnête, fait unique dans les annales du Monde arabe. Quelle évaluation pouvons-nous faire aujourd’hui de cette première ? Serait-ce là la fameuse hirondelle annonçant un printemps démocratique dans la seule région du monde restée totalement réfractaire à la vague de démocratisation.

Tous mes interlocuteurs étaient d’accord sur le fait, qu’en matière de libertés publiques, le retour du bâton craint, une fois éteinte les lampions de la fête, ne s’est pas produit.

Mais beaucoup de représentants de la "société civile" semblaient dubitatifs quant à l’enthousiasme soulevé par l’expérience mauritanienne dans les pays arabes.

Leurs arguments appelant à tempérer cet enthousiasme sont les suivants :

- D’une certaine façon, les caciques de la dictature déchue n’avaient pas le choix, surtout après la tentative de putsch de 2003, que d’organiser leur propre soulèvement et sauver leurs propres têtes et privilèges en sacrifiant le dictateur devenu un fardeau pour le système.

- C’est le candidat du régime de l’époque, soutenu par la caste militaire, toujours omnipotente, qui l’a emporté et non le candidat de la "vraie alternance".

- Certes les formes électorales ont été respectées, mais la lutte n’a pas tourné autour de programmes politiques. Les déterminants ont été l’argent et le clientélisme tribal et ethnique.

Il est exact que sans l’intervention en sous main des militaires, le candidat de l’opposition aurait eu de meilleures chances de l’emporter, sans que cela soit absolument certain.

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23.05.2008

LES ETATS-UNIS D'AFRIQUE : ENJEUX, OBSTACLES, ESPOIRS

Fin Juin début Juillet 2007, les chefs d'Etat et de gouvernement Africains se sont réunis à Accra au Ghana en sommet de l'Union africaine. Les yeux du monde entier étaient tournés vers la capitale du Ghana où l'on espérait voir le continent noir faire un miracle.

Comme la « Geste » de Soundjata Keita il y a des siècles et pendant la période des grands empires africains, les naïfs du monde entier semblaient attendre de ce continent longtemps à terre qu'il se relève d'un seul coup et se mette à courir pour faire ainsi oublier des décennies de retard, de divisions, de sous développement. Qu'attendait-on des Africains à cette occasion ?
Réaliser en l'espace d'une réunion de 3 jours et à la faveur d'un certain nombre de bonnes volontés quelquefois mégalomaniaques, une union que l'Europe a commencé depuis plus de 60 ans déjà et qu'elle n'a pas encore réussi à parfaire sur le plan économique tandis que l'union politique du vieux continent est encore très loin de sa réalisation. Une union que les Etats-Unis d'Amérique ont mis des siècles à réaliser. On attend donc de l'enfant perclus ou mieux le paralytique de la famille des continents qui n'a encore jamais rien réussi de bon qu'il se lève en un jour et commence à courir, alors même qu'il n'a ni encore appris à se tenir sur ses jambes, ni appris à marcher. Le miracle n'arrivera pas. Que s'est-il exactement passé à Accra en 2007 ?

Pourquoi l'Union Africaine n'a pas réussi à se transformer en Etats-Unis d'Afrique ?
L'Afrique pourra t-elle réaliser son union et devenir un grand ensemble ? Si oui, à quelles conditions ? Telles sont les questions auxquelles il nous faut essayer de répondre. Cela ne va pas être facile et les approches faites ici sont loin d'être exhaustives ou de prétendre épuiser la matière. Mais pour essayer une ébauche de réponse aussi infime soi-t-elle, il nous faut comprendre un certain nombre d'autres choses pour ne pas sembler parachuter le problème et les tentatives solutions.

Dans la mesure où les Etats-Unis d'Afrique constitue la traduction pure et simple dans la réalité de la philosophie du panafricanisme, nous essayerons d'aborder le problème en analysant tour à tour les origines (I) du processus, les enjeux qu'ils recèle (II), les obstacles (III) à ce panafricanisme avant de voir comment l'Afrique pourra éventuellement surmonter l'obstacle et aboutir un jour aux Etats-Unis d'Afrique (IV), ce grand ensemble continental utile pour son développement.

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22.05.2008

Zimbabwé, le cynisme des nations

 
Par Achille Mbembe

Il n'est pas certain que l'extrême personnalisation du conflit et la diabolisation de l'un des principaux protagonistes - Robert Mugabe en l'occurrence - aient aidé en quoi que ce soit à clarifier les enjeux de la lutte sociale et politique en cours au Zimbabwe.
D'une part, en faisant de cet autocrate un monstre absolu et le parangon de l'irrationalité, on se prive des moyens d'expliquer comment, pendant les quinze premières années de son règne, il est parvenu à bâtir un pays relativement moderne, doté d'infrastructures viables et d'une économie sans doute insuffisamment diversifiée, mais à plusieurs égards productive. On fait également l'impasse sur le fait qu'au cours de cette période, il a assuré à une bonne partie de ses citoyens un minimum de sécurité sociale.
Au passage, le Zimbabwe a enregistré d'importants progrès en matière de scolarisation et de santé, fructifiant ainsi son capital humain et portant celui-ci à des niveaux que n'avait jamais atteint le régime colonial. D'autre part, en faisant comme si Mugabe était à lui tout seul la cause de tous les malheurs du Zimbabwe, on oublie que jusqu'à la fin des années 1990, son pouvoir reposait sur une base sociale relativement élargie. Il bénéficiait en effet du soutien actif de groupes d'intérêt et d'une caste passablement bien organisée, bien représentée au sein de l'appareil d'État, de l'armée, de la bureaucratie et dans les entreprises en particulier, et profondément enracinée dans la société. Contrôlé par le parti dominant (Zanu-Pf), l'État décidait des avantages et des exemptions, accordait des faveurs, distribuait des subsides et garantissait la transmission des avantages acquis. En contrepartie des possibilités d'ascension sociale, de mobilité professionnelle et d'accumulation des richesses, cette constellation d'intérêts toléra plus ou moins, au cours de la même période, un modèle d'assujettissement fait de répression policière, de paternalisme et d'accommodement négocié. Auréolé de la légitimité forgée au cours de la lutte contre le régime raciste et minoritaire de Ian Smith, Mugabe était parvenu par ailleurs à instiller au sein de la population zimbabwéenne une sensibilité et une fierté patriotique, nationaliste et anticolonialiste.

 

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10.05.2008

Président un jour, Président pour toujours

Sans aucune consultation populaire préalable, le Cameroun vient de modifier sa Constitution pour supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels. Une tendance qui gagne de nombreux pays d'Afrique. Paul Biya, 75 ans, au pouvoir au Cameroun depuis 26 ans, a finalement obtenu ce qu'il voulait. Le 10 avril dernier, il a fait modifier la Constitution pour supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels introduite en 1996. Il rejoint ainsi la liste des présidents africains qui ont changé leur loi fondamentale de leur pays pour se maintenir à leur poste : Idriss Déby (Tchad), Omar Bongo (Gabon), feu Gnassingbé Eyadema (Togo), Lansana Conté (Guinée), Zine El Abidine Ben Ali (Tunisie), etc. En Algérie, Abdelaziz Bouteflika serait sur la même voie.

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